Avant tout une formation scénique, Gnawa Diffusion est né de l'envie de s'exprimer par le biais de l'outil musical, plus chaleureux et plus festif que la prise de parole sur la traditionnelle tribune politique.
Amazigh Kateb, le chanteur, parolier et fondateur du groupe, fils du célèbre écrivain algérien Kateb Yacine qui a débarqué en France en 1988, utilise sa musique comme un véritable moyen de contestation et de lutte ainsi que comme un espace de libre expression.
Contestation notamment des politiques néo-coloniales menées par les puissances capitalistes du monde dit « libre »...
Lutte par exemple contre le silence de l'opinion internationale face à une situation algérienne en stagnation. La récurrence des affrontements entre le FIS et l'Etat algérien qui provoque des tragédies humaines incalculables a fait naître un silence d'habitude qui collabore à cet état de fait. Une réalité renforcée par une habileté politique occidentale trop intéressée économiquement. Un masque qui cache une souffrance et une pauvreté civile trop développée...
Enfin, libre expression artistique développée grâce à un métissage musical énergique et inédit. Celui de plusieurs cultures qui ne se rencontrent que très peu souvent.
Depuis sa première scène et au travers de tous ses albums - du premier album auto produit, sorti en 1993 intitulé « Légitime différence » à « Souk System » album sorti en 2003 - Gnawa Diffusion chante tantôt en arabe, tantôt en français, tantôt en anglais.
Il faut oser chanter en arabe dans certains pays comme la France ou très peu de musiciens arabophones sont diffusés par les mass médias. Mais Gnawa diffusion ne chante pas pour la gloire au sein du star system. Quand Gnawa chante, un fort bassin d'immigrés maghrébins - comme il en existe un en France et dont les origines culturelles ne sont pas représentées par les télévisions et les radios - peut se retrouver dans cette fusion musicale et se sentir compris par un Amazigh qui n'a pas sa langue dans la poche. Si cette partie de la population ne peut s'exprimer assez par le biais des médias ni même se sentir très concernée par eux, Gnawa diffusion cris cette injustice et parle aux oubliés de la représentation médiatique grâce à sa musique.
Gnawa parviens aussi à interpeller les arabophones du Maghreb : les nombreux concerts du groupe du coté africain de la méditerranée sont là pour en témoigner.
Mais la musique de Gnawa diffusion peut s'envoler au delà de toutes les frontières de part les multiples problématiques du monde moderne qu'elle souligne et grâce à un métissage qui ne s'encre par définition pas dans un bassin culturel fixe. C'est la démarche que Gnawa développe. Mélanger les cultures sans vraiment s'en apercevoir car le métissage culturel est de partout. Il existe à un temps « T » des cultures qui sont issues du mélange de plusieurs autres cultures et qui se mélangeront encore et encore avec le temps...
Le groupe signe ainsi une sauce personnelle. Une sauce de cultures musicales diverses que le groupe mélange naturellement. Naturellement du fait des origines que chacun a, des voyages que chacun peut effectuer, des rencontres multiples que l'ont peut faire chaque jour. Bref, de leur vie de tout les jours. Le mélange n'a rien d'un concept réfléchi. Il est la conséquence de la vie des membres du groupe dans le monde d'aujourd'hui.
Il s'agit par ailleurs souvent de musiques d'esclaves, chères à Amazigh car chargées de revendications, de souffrances et de luttes pour la survie dans un état de domination humaine imposée par la force à d'autres hommes.
On peut noter une grande influence du reggae, du raga, du châabi et de la musique gnawa.
La musique gnawa bien évidemment ! Gnawa Diffusion ou la diffusion de la musique Gnawa. Celle du nom du peuple du Soudan Occidental déporté en Afrique du Nord au XVIème siècle par des seigneurs de Fès et d'Alger. Islamisés, ils n'en ont pas moins gardé leur croyance dans leurs dieux africains. Encore pratiquée dans certains pays comme l'Algérie ou le Maroc, Amazigh l'a découverte à l'âge de 10 ans. Il l'a tout de suite préférée à la musique populaire algérienne, comme le rai par exemple, car la musique gnawa lui semble plus rythmée et plus chargée d'émotion.
Souk System n'échappe pas à l'approche globale que l'on peut tenter d'avoir à propos de l'art de Gnawa Diffusion. La position économique et la politique mondiale américaine y sont critiquées très souvent. Les dérives du capitalisme pratiqué à outrance comme à l'heure actuelle y sont dénoncées avec ferveur. La pochette de l'album est d'ailleurs faite pour initier ce genre de réflexion : Amazigh sur un âne, moyen de locomotion non polluant et encore utilisé dans les déserts africains. Et avec lui, les seuls biens nécessaires pour vivre. Pas de sur-consommation. Une vie simple.
Un des moyens de ne pas entrer et donc de contrer la logique néo-libérale dominante ?
La formation a changé pour cette album. C'est un peu la conséquence naturelle de la vocation première du groupe : la scène. Amazigh n'hésite pas à le rappeler : « On préfère la scène car c'est le moment ou tu communiques le mieux. Je n'aime pas le studio, je m'y ennuis. Même si tu es réputé comme le meilleur groupe dans le monde, c'est le public qui fait le concert. C'est ça qui te pousse à donner le meilleur de toi même. C'est ça qui te donne envie de continuer».
Ainsi, quatre musiciens sont partis et d'autres ont intégré le groupe au coté d'Amazigh Kateb. Gnawa Diffusion se compose dorénavant de Pierre et Philippe Bonnet (batterie et basse), Pierre Feugier (guitare), Mohamed Abdenour (banjo, mandole), Abdel Aziz Maysour (guembri) et Salah Meguiba (clavier et percus).
